Délégation aux droits des femmes

Colloque “Femme Avant Tout”

L‘Association Francophone de Femmes Autistes (AFFA), en partenariat avec le CRAIF (Centre Ressources Autisme Ile de France) ont organisés la première édition du colloque “Femme Avant Tout” le 14 mars dernier, afin de sensibiliser et d’interroger sur la discrimination et la violence qu’elles subissent depuis leurs enfances, afin d’échanger sur la pose de diagnostic, sur la parentalité et la maternité, sur l’emploi.

A l’occasion de l’ouverture de ce colloque en présence de Marie Pierre Rixain, Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, de Mr Bertrand Le Baut (Directeur du Centre de Ressources Autisme Ile de France) et de Mme Marie Rabatel (Présidente de l’AFFA – ambassadrice du Ruban Vert Pomme – membre groupe de travail Miprof “Femme/handicap). J’ai tenu le discours que voici :

Madame la Présidente de l’Association Francophone de Femmes Autistes, Marie Rabatel,

Madame la Présidente de la délégation au droit des femmes de l’Assemblée nationale, Marie-Pierre Rixain,

Vous avez été à l’initiative de l’organisation de cette journée, au sein de l’Assemblée nationale, consacrée aux spécificités des femmes autistes dans leur vie quotidienne personnelle et intime et au travail.

Monsieur le secrétaire d’État à la protection de l’enfance, Adrien Taquet,

Chacun se félicite de votre présence ici, en cette journée qui, je l’espère, permettra de faire avancer la prise en compte, de façon concrète, des difficultés qui sont propres aux femmes autistes.

Je suis membre de la délégation au droit des femmes de l’Assemblée nationale et, à ce titre, je suis particulièrement sensible aux difficultés qu’elles rencontrent et, surtout, aux solutions que nous, en tant que politiques, pouvons leur apporter.

J’ai parcouru avec beaucoup d’intérêt un certain nombre d’études et d’articles de presse sur les spécificités relatives à la situation des femmes autistes et il apparaît en effet que nombre de problématiques sont encore peu ou mal connues, quand elles ne sont pas en plus sous-estimées, voire ignorées.

Les abus sexuels

En particularité la prévalence des abus sexuels à l’encontre des femmes autistes, qui est sans commune mesure avec celle qui prévaut pour le reste de la population féminine.

Elles sont en effet 88 % à avoir subi une ou plusieurs violences sexuelles (contre 14,5 % pour l’ensemble des femmes en France) et, 39 % des femmes autistes ont subi un viol, contre 3,7 % pour le reste de la population française.

Ces chiffres font évidemment froid dans le dos. Au-delà, il importe de souligner la profonde détresse et les terribles cicatrices que de tels actes laissent chez les femmes présentant un TSA. Des cicatrices d’autant plus profondes que ces femmes sont particulièrement fragiles. L’autisme est un facteur aggravant de la vulnérabilité des femmes autistes et il est essentiel que les pouvoirs publics prennent à bras le corps la prise en charge des femmes autistes victimes de viols ou de tentatives de viol.

L’effort doit aussi porter sur la prévention, à l’attention d’une population particulièrement fragile. Il est en effet extrêmement compliqué pour une personne autiste de discerner les arrière-pensées des prédateurs sexuels. Une difficulté d’autant plus grande que les personnes atteintes d’un TSA se positionnent souvent dans une attitude de retrait : ne pas chercher à se mettre en avant, se faire le plus petit possible, ne pas se placer dans une situation d’affrontement. Il est clair que l’autisme favorise la manipulation et les femmes qui présentent un TSA sont donc des proies plus faciles.

La parentalité des femmes autistes

Il est par ailleurs un tout autre domaine où les spécificités de l’autisme chez les femmes doivent être prises en compte. Il est en effet saisissant que l’autisme chez les femmes engendre, lorsqu’elles deviennent mères, une telle défiance vis-à-vis d’elles. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’équilibre de la cellule familiale.

En effet, le système de protection de l’enfance est totalement étranger à la problématique de l’autisme. Ce système est de fait totalement hermétique à l’accompagnement des mères autistes.

La prise en compte de l’autisme doit être une constante, à la fois par les pouvoirs publics et par le législateur. Sur ce point, une proposition de loi de la présidente de la commission des Affaires sociales, Brigitte Bourguigon, et dont je suis cosignataire, sera dans les mois prochains au cœur des débats de l’Assemblée nationale. Ce texte vise à « renforcer l’accompagnement des jeunes majeurs vulnérables vers l’autonomie » et le colloque qui se tient aujourd’hui sera sans nul doute une belle source d’inspiration pour nos travaux en tant que députés.

Il s’agit de balayer les a priori.

Non : les femmes autistes ne sont pas de mauvaises mères et le regard de défiance à leur encontre doit radicalement changer en conférant aux services de l’État les outils et les moyens d’accompagner au lieu de sanctionner.

Et oui : être mère autiste peut aussi s’avérer être un réel atout.

> D’une part, notamment, les mères autistes portent une grande sensibilité à l’environnement et aux détails, une sensibilité susceptible de faire d’elles des mères particulièrement attentives.

> Ensuite, les mères autistes ressentent singulièrement la nécessité de construire un cadre de vie rassurant, qui peut être particulièrement structurant pour les enfants.

> Enfin, les mères autistes sont des personnes fiables, sur qui leurs enfants peuvent compter : elles disent ce qu’elles font et font ce qu’elles disent.

La parentalité pour une mère autiste n’est en rien un problème pour l’enfant qui, grâce à elle, s’épanouira avec des valeurs particulièrement précieuses pour sa vie future : le respect de la vérité, des autres et des différences, la bienveillance, la loyauté.

Les femmes autistes au travail

Enfin, si l’on sort à présent de la sphère personnelle, il est intéressant de voir que le regard du monde de travail à leur égard a évolué.

L’autisme est aujourd’hui considéré comme une sorte de « handicap positif » par le monde du travail.

Si des entreprises recrutent des personnes autistes, c’est que celles-ci correspondent aux critères recherchés pour les postes à pourvoir et possèdent les qualités requises par-delà leur handicap :

> l’absence de contraintes conventionnelles : les personnes autistes font preuve d’une grande autonomie dans leur réflexion ;

> une grande créativité, grâce à la capacité de contournement que les personnes autistes développent face à une difficulté ;

> une fiabilité à toute épreuve : quand une personne autiste s’engage à faire quelque chose, elle le fait, et elle le fait bien ;

> une motivation sans faille : les personnes autistes vont au bout des choses et ne laissent jamais un travail en suspens.

Nombre d’entreprises se battent depuis plusieurs années pour attirer des personnes autistes. Cela s’est, dans un premier temps, vérifié dans des secteurs très précis comme l’informatique, d’où ont émergé de grands noms comme Bill Gates, fondateur de Microsoft, ou Mark Zuckerberg, créateur de Facebook.

Les personnes autistes représentent une véritable plus-value pour les entreprises et il faut s’en féliciter. Il faudra cependant aussi veiller à ce que le monde de l’entreprise préserve en parallèle le bien-être des personnes autistes qui travaillent. C’est là une question d’éthique qui me semble tout à fait essentielle.

Pour finir, je voudrais terminer sur une citation qui suscite encore en moi un écho très puissant et qui traduit d’autant mieux ce qu’est l’autisme en ce qu’il est défini par une personne diagnostiquée Asperger, mais qui a vécu jusqu’à ses 44 ans sans le savoir.

Il s’agit de Maura Campbell, aujourd’hui manager senior de la fonction publique d’Irlande du Nord : « Je suis, dit-elle, juste comme un Mac dans un monde PC. Je suis peut-être née avec une application ou deux en moins, mais j’ai su développer de bonnes parades, sans compter mes propres applications supplémentaires que d’autres systèmes fonctionnels n’ont pas. »

En guise de conclusion, je voudrais ajouter à cela que les Mac sont mieux protégés contre les virus informatiques et que leur environnement est plus intuitif. Bref, les Mac ont des atouts que les PC ne peuvent plus ignorer et dont ils ont beaucoup à apprendre. En termes plus clairs : notre société a beaucoup à apprendre de l’autisme et en particulier de la part de femmes qui vivent l’autisme au quotidien.

Je vous remercie et vous souhaite à toutes et à tous un excellent colloque qui, j’en suis persuadé, sera une étape supplémentaire pour nous permettre de changer les regards, de nous diriger vers davantage de bienveillance et une plus grande compréhension mutuelle.

 

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