Revue de presse

Le Monde : Hausse des prix des carburants : la grogne s’étend à la majorité

Hausse des prix des carburants : la grogne s’étend à la majorité
La plupart des députés LRM élus sur des territoires ruraux disent entendre l’inquiétude de nombreux Français, préoccupés pour leur pouvoir d’achat. LE MONDE | 30.10.2018 à 06h36 • Mis à jour le 30.10.2018 à 08h02 | Par Alexandre Lemarié (/journaliste/alexandre-lemarie/)

Eux aussi. Alors que le gouvernement s’emploie à défendre sa politique fiscale face aux attaques de l’opposition, des députés de la majorité partagent la grogne croissante des automobilistes contre la hausse des prix des carburants. La plupart sont élus dans des territoires ruraux et disent entendre l’inquiétude de nombreux Français, préoccupés pour leur pouvoir d’achat.

« Dans nos permanences parlementaires, on sent bien l’incompréhension des citoyens », témoigne le député (La République en marche, LRM) de Gironde, Benoît Simian, appelant le gouvernement à faire preuve de modération. « Il faut faire attention à ne pas trop s’en prendre au porte-monnaie des Français et à ne pas tomber dans l’écologie punitive », soutient-il, au moment où l’exécutif exclut de transiger sur la fiscalité verte. L’élu du Médoc n’est pas une voix isolée dans les rangs des élus LRM à l’Assemblée nationale. Le petit groupe d’une vingtaine de députés macronistes, appelé le « cercle girondin », qu’il a formé pour porter la « voix des territoires » au Palais-Bourbon, partage son opinion. « Les mesures fiscales sur les carburants frappent surtout la ruralité. Or, il faut veiller au respect de la solidarité territoriale », prévient M. Simian. « Il faut faire quelque chose M. le député ! »

Un avis partagé par le député (LRM) de Seine-Maritime, Xavier Batut. « Dans un territoire rural comme le mien, la hausse des carburants passe mal. Cela fait grogner, constate-t-il. Les gens sont prêts à accepter des économies dans beaucoup de domaines mais pas qu’on les pousse à rouler moins avec leur voiture, alors qu’ils n’ont pas d’autre moyen de mobilité, notamment pour aller travailler. » Pour cet ancien cadre dans plusieurs établissements Citroën, le gouvernement n’aurait pas dû prévoir une nouvelle hausse sensible des taxes sur les carburants en 2019 (de 6 à 7 centimes d’euros par litre pour le diesel et de 3 à 4 centimes pour l’essence) après celle de cette année, sur fond d’envolée des prix du pétrole. « Il aurait fallu faire une année blanche sur l’augmentation de ces taxes, en attendant que les cours du pétrole redescendent », juge-t-il. « Dans cette période difficile économiquement, où le prix du baril est élevé, l’Etat devrait faire un geste, en modulant les taxes sur le prix du pétrole pour jouer le rôle d’amortisseur pour les ménages et l’industrie. Et ne pas se faire une forme d’enrichissement », abonde le député macroniste du Doubs, Frédéric Barbier, qui juge nécessaire d’« entendre ce que disent les gens sur le terrain ». Dans sa circonscription, les prix à la pompe sont aussi un motif de mécontentement, ainsi que l’augmentation du fioul et du gaz pour le chauffage, après la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG). « Beaucoup me disent : “C’est pas possible. Les prix sont trop élevés. Il faut faire quelque chose M. le député !” », relate-t-il, en appelant le gouvernement à la « prudence ». « Il faut aller vers la transition écologique mais cela va trop vite et trop fort en ce moment », résume cet ex-élu socialiste. Pédagogie

D’autres membres de la majorité tentent de leur côté de défendre le gouvernement, en faisant preuve de pédagogie. « Je dis aux gens que le prix des carburants est revenu au même niveau qu’en juillet 2008 et en avril 2012, en soulignant qu’à l’époque, la démarche environnementale était inexistante », explique le député (LRM) d’Ille-et-Vilaine, Gaël Le Bohec.

Son collègue du Calvados, Christophe Blanchet, souligne de son côté que « la hausse des carburants relève essentiellement de la flambée des cours au niveau mondial et que la part ponctionnée par le gouvernement vise à sortir du tout pétrole ». Un différentiel mis également en avant par le patron des députés LRM, Gilles Le Gendre, selon lequel l’inflation actuelle est due à 75 % à la hausse des cours du pétrole. Un argument qui ne tient pas pour le député socialiste des Landes Boris Vallaud, qui a dénoncé « la duperie » du gouvernement, lundi sur RTL. Lui affirme que sur les 55 milliards d’euros de taxes sur le carburant et le fioul récoltés lors du quinquennat, seuls « 10 milliards à 20 milliards d’euros au maximum seront consacrés à la transition écologique ». Avant de fustiger : « Le reste, c’est du matraquage fiscal. »

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